Laurent CROCHET


Arrivé au SCUF à la fin du XXème siècle, Lolo « The hook » vient tout juste de raccrocher les crampons avec les Vieux Cochons la saison dernière. Qu’est ce que tu deviens Laurent Crochet ?

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Né le 21 mars 1968 à Paris 17e, pas loin de Max Rousié !

Poste joués : Ailier, centre (par vocation), ouvreur (par hasard), 3e ligne (par bonheur), puis 2e ligne (par obligation pondérale)

Profession : Ingénieur dans l’automobile

Situation maritale : marié et père de 3 enfants

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– Quel est ton avant SCUF ? Comment es tu tombé dans le rugby, tes clubs, tes sports … ?

Ma passion pour le ballon ovale m’est venue grâce à mon père Etienne : il avait été amené au rugby par l’un de ses copains de cours à l’école de l’EDF de Gurcy-le-Chatel, un illustre ancien, Michel CRAUSTE. Et après avoir joué un peu au Racing puis dans quelques clubs plus modestes, il n’avait jamais vraiment quitté ce monde du rugby amateur. Il m’impressionnait trop avec son physique de déménageur, alors que j’étais un ado plutôt gringalet. Du coup, pour me forger un physique, je me suis d’abord lancé dans l’athlétisme, notamment le triple-saut, puis le handball. Avant de basculer au rugby à 18 ans en maths-sup, au Lycée Claude-Bernard, où je jouais sur le vieux Stade Jean-Bouin avec les copains à l’heure du déjeuner. Et les samedis matins de Tournoi des V Nations, je me souviens de la cour de notre lycée, proche du Parc des Princes, totalement envahie de supporters gallois et écossais en kilt et bien alcoolisés… grosse ambiance !

Mais j’ai vraiment commencé à jouer en école d’ingénieur à Grenoble, où j’ai pris un pied incroyable au sein d’une équipe de fous, l’INPGrenoble : des matchs intenses, aux côtés de gars qui jouaient au FCG, à Voiron, Seyssins, Bourg-en-Bresse, Romans, et puis surtout des bringues majuscules. Et j’ai pris ma première licence en club à Seyssins, dans la banlieue de Grenoble. Bref le virus m’avait atteint, pour ne plus me quitter.

– Tu arrives au SCUF lors de la saison 1995/96, comment te retrouves tu à signer au club ?

Par mon ami Thomas Schwartz, que j’ai rencontré par un ami commun à mon retour sur Paris. Il avait ce club dans le sang : ça m’a transporté et vraiment donné envie d’en faire partie. Découvrir l’histoire du club, avec sa position si singulière de club amateur dans la capitale, son esprit d’étudiants fêtards… le Scuf Dream…

– Cette saison là, le club joue en Honneur, vient déjà de connaître la descente et chute en PH à l’issue de la dernière minute de la dernière journée. Souvenir ?

Non, je ne vois pas de quoi vous voulez parler, Monsieur.

– Tu commences à t’imposer en Equipe 1 lors de la saison 1997/98. Au niveau des postes joués et des partenaires, qu’est ce qu’il te reste comme souvenir ?

On jouait à Carpentier, devant 2 pelés et 3 tondus, et un gazon tout aussi pelé qui te défonce bien les genous…

Je jouais plutôt à l’aile, et parfois au centre. Mes partenaires ? Fred Butez, Fred Laplaze, Vania Mrazovac (qui nous faisait admirer ses courses chaloupées à l’aile, et oui !), Doc, j’en oublie… OMG…

– Tu disparais ensuite pendant deux saisons. Ou étais tu passé ?

Cette histoire fait toujours bien marrer Juju Schwartz, je sais pas pourquoi : l’entraineur en poste à l’époque (dont je tairai le nom, mais dont les performances à Question pour un Champion surpassaient largement les qualités humaines) m’a fait vivre une belle histoire d’amour d’une année avec le banc de touche : j’y ai passé l’intégralité des matchs de la saison, sans jamais entrer une seule minute sur le terrain… Donc la saison suivante je suis parti à Puteaux, avec mon pote Fred Picard, autre excommunié, tenter l’expérience du jeu sur le terrain, sait-on jamais. Même l’ami Greg Guénot a fait un essai là-bas et a failli nous y rejoindre, mais un lobbyiste du SCUF a dû lui ouvrir une ligne de crédit au Pousse, et il nous a finalement lâchés. A Puteaux j’ai retrouvé un ancien scufiste, Luc Rimaux, qui devait déjà avoisiner la quarantaine mais impressionnait tout le monde par sa grinta ! un grand bonhomme… Mais finalement je ne me suis jamais franchement intégré là-bas, et l’ambiance des copains du SCUF me manquait trop, donc je suis rentré au bercail.

– Tu reviens en 2000/01. Une petite apparition lors de la 1ère journée avec l’équipe 1, et puis le reste de la saison avec la Réserve où tu évolues avec des grands noms du club comme JM Hanna, Seb Chouraqui, Lionel Busson, Julien Schwartz. Une équipe de dingue quoi !!!

Rallallaaaaa !!! du grand n’importe quoi cette saison-là… on jouait à 12, ça courait de partout, on avait une caisse incroyable, que l’on peaufinait au Pousse où on échangeait beaucoup sur les aspects tactico-techniques. N’est-ce pas Chouki ? En tous cas on s’est bien marrés. C’est pas ça l’essentiel ?

– Cette saison là, tu fais parti des pionniers qui disputent le premier Trophée des 30 à Pershing. Souvenir ?

Tout d’abord notre magnifique maillot vert et jaune, taille XXXL, dans une matière synthétique tellement années 80. Un parti-pris esthétique essentiellement assumé par l’équipementier.

Ensuite l’élégant surnom que les Puceaux avaient donné à notre fière équipe de vainqueurs : les Andropauses.

(erratum : les vieux jouaient en noir&blanc, des maillots uniques qu’ils avaient fait confectionner…)

– En 2003, le SCUF redescend en PH, mais on te retrouve avec tes jambes de 20ans au Tournoi à 7 de Neufchatel. Souvenir ?

C’était vraiment un super tournoi à 7, de belles équipes avec notamment une équipe des Harlequins de gala, capable d’exploits techniques un poil au-dessus de nos capacités à nous…. Mais le SCUF a plutôt bien figuré, surtout sous le chapiteau près de la tireuse.

La plus belle action : Vincent Barbe qui se viande en sautant au-dessus d’un feu de camp, et se nique la cheville, tout ça la veille du tournoi. Vince, on t’aime !

Le Facteur X : « Video-Marc » Darcel, tellement en forme qu’il avait dû prendre des trucs chelou, c’est sûr.

Le Facteur Y : notre grand gourou, Coach-JiPé, motivé comme jamais, avec son survêt et sa perruque JacksonFive. J’ai des photos pour les amateurs de trucs bizarres.

– En 2004, à 36ans, tu joues ta première Rose Cup à Stratford. C’est la dernière victoire du SCUF en terre anglaise. Un souvenir bien ancré j’imagine ?

Magnifique moment. C’était mon premier Stratford, et cette victoire, acquise au bout du suspense, c’est un truc qui te reste dans la tête pour toujours. Je me rappelle qu’on fait jeu égal en 1ère mi-temps, puis les Brits marquent un essai en début de 2è. Mais coup de théâtre, sur le coup de pied de renvoi, tapé en direction de leurs poteaux, Tom Schwartz court comme un dératé, tête en avant et chaussettes baissées, le ballon rebondit entre 2 adversaires, Tom shoote dedans et poursuit au pied jusque dans leur en-but. Essai entre les perches, merci Messieurs, voilà ma carte. Transformé par Juju, et bim ! 7 points dans la gueule. Là leur moral en prend un coup. Lionel Busson sauve la partie en allant reprendre leur ailier à 2m de notre ligne, après une course en travers de malade…. Et enfin, c’est Verdun sur la fin de match. A 30 secondes de la fin, leur ouvreur oublie un 3 contre 1, et tape un drop improbable qui part dans les décors… Fin du match, cris, pleurs, embrassades ! Après je me souviens plus de rien. Snif !

(erratum: c’est une pénalité en face des poteaux que le capitaine de Stratford, Nick Leach, râte dans les arrêts de jeu, et non un drop)

– Tu avais déjà rejoint les Vieux Cochons quelques saisons plus tôt et tu en deviens un élément clef lors de cette décennie. Peux tu nous dire un mot de cet état d’esprit ?

Ca va être dur à résumer en quelques mots, mais je dirais : joie de vivre ensemble, connerie assumée, capacité d’autodérision, solidarité, belle amitié entre nous. Et tout le monde est le bienvenu. Il y a des nouveaux chaque saison, mais tout le monde s’intègre rapidement, demandez-donc aux petits nouveaux cette année 😉

Et sportivement, on est assez loin des matchs gigot-haricots. En vérité, quand on a l’honneur de jouer pour les Vieux Cochons, on dispute de vrais matchs d’hommes, avec beaucoup d’engagement, contre des équipes souvent plus jeunes de 10 ans, donc c’est dur. Parfois même très dur. Alors, certes la condition physique n’est pas le point fort de l’équipe, mais la technique individuelle et l’expérience sont là, enfin disons la plupart du temps.

– Au final, seul le clan de la 3 Vieux s’envole pour des tournée exotiques tous les deux ans, tu as participé auxquelles ?

Ma première tournée : la Roumanie, avec la Bande à Fabrice Mirjol. L’aventure entre potes. C’était juste génial. Les vitres du bus recouvertes de photos pornos, la visite du château de Dracula, les connections locales de Vincent Seguy… Et enfin après une soirée de bringue mythique où la petite troupe s’était complètement disloquée dans Bucarest, un gros gros match contre une équipe de vétérans du Lokomotiv Bucarest, où les gars avaient joué, dans leur jeunesse, à un gros niveau (genre le petit vieux moustachu qui me dit « ah mais moi en 1986 j’ai joué avec la Roumanie contre Serge Blanco ! »). Bon ils ont joué avec le frein à main tiré, et déjà on a pris un poil cher.

Puis la Hongrie, où je me souviens surtout, à Budapest, des bars en plein air au bord du Danube, avec les abrutis des VC qui balancaient des sushis du 1er étage sur une piste de danse bondée. La french classe.

La Finlande pour un tournoi à 7 bien bien éprouvant (pas uniquement sportivement), avec des équipes de Finlandais et de Russes bodybuildés, et des shots de vodka à l’intérieur du sauna, juste au bord du terrain. Parfait pour la récup.

L’Argentine il y a 5 ans !!!! la tournée d’une vie…. 25 copains ensemble 12 jours dans un pays magnifique, avec 3 gros matchs dans un pays magnifique. Des rencontres formidables. Ah les chants argentins dans les club-houses, la descente en rafting dans une eau à 6° à la frontière chilienne, le fastboat sous les chutes d’Iguazu, l’« asado » (barbecue) à Bariloche devant la Cordillière des Andes, le « lomo entero » et les tournées de Malbec ! Et le tribunal de tournée avec les joutes oratoires entre le vil procureur Denis « French Touch » Baranger, et l’avocat de la défense Maître Flo Gallaire (« je ne vois pas ce que l’on reproche à mon client !? »). Et toujours dans un esprit de copains, unis et soudés, malgré le drame terrible qui venait de toucher l’un des nôtres avant notre départ… inoubliable.

Et l’an dernier, ma dernière au Pays Basque, entre Bayonne, Biarritz et Pampelune, avec le président putschiste Boubou-talbi, déjà démissionnaire depuis (le gars tient pas la distance).

– En 2013, tu remets le couvert à Stratford avec les Vieux Cochons et signe une nouvelle victoire contre les Olds Legends. C’est toujours aussi bon ?

Toujours, oui. Premier match d’une longue série, espérons-le. C’est chouette de perpétuer une tradition d’échanges, qui plus est avec des joueurs qui, comme nous, n’appréhendent peut-être plus le rugby de la même manière, mais ont de vraies qualités rugbystiques, des valeurs intactes, et toujours l’envie de défendre leurs couleurs.

Depuis quand as tu rejoints l’école de rugby du SCUF ? De quelle catégorie tu t’occupes et avec qui ?

En 2009, avec mon ami Thomas Schwartz. Nos deux garçons avaient 5 ans, l’âge minimum pour débuter. Alors on leur a pris leur première licence au SCUF, et on a décidé de s’investir en tant que coachs, tout d’abord en U6, les tout-petits. Puis on a ensuite pris les U8, et maintenant les U10, depuis 4 ans. C’est vraiment génial, un grand bonheur, de transmettre notre passion aux enfants, et d’essayer de faire perdurer la tradition du SCUF. Mon fils Milo joue maintenant avec les U12, dans une belle équipe de copains comme on les aime au SCUF : très joueurs, et surtout « Solidaires, Combattifs, Unis, Forts »… ça leur va bien. Espérons qu’ils iront tous loin, et en tous cas qu’ils prendront toujours du plaisir à jouer ce beau jeu de rugby, au SCUF si possible.

Le rugby sur le terrain est derrière toi ? Tu as des problèmes de dos je crois ? Penses tu poursuivre par la suite en devenant entraineur ? Suis tu encore le groupe de la 3 Vieux cette année ?

Alors non, le dos pas encore… n’anticipons pas ! Pour l’instant c’est plutôt le genou qui part en couilles. Donc j’ai dit stop cette année, non sans regret car l’envie est toujours là.

L’entraînement, pourquoi pas mais plus tard, mes obligations professionnelles sont trop fortes pour le moment.

Quant aux Vieux Cochons, bien sûr que je les suis !!! de loin, mais je passe les voir jouer dès que je peux.

Si tu as quelquechose à ajouter ?

MP : « Allez Jean-Nono, on va on Pousse, viens, promis on rentre pas tard !!!! »